Un rapport remis au ministère de la Culture en mai 2025 par Martin Bethenod, et rendu public cet été, dresse un panorama de la scène artistique française et propose quinze mesures pour consolider sa place, en France comme à l’international. Voici un résumé de ces propositions, qui concernent autant les grandes institutions que les réseaux d’écoles, de centres d’art ou de galeries.
1. Miser sur les grands établissements
Le rapport recommande d’affirmer plus clairement le rôle du Centre Pompidou dans la valorisation de la scène française. Concrètement, il s’agirait d’inscrire cette mission dans ses objectifs officiels et de fixer des indicateurs de programmation, notamment pour son 50ᵉ anniversaire en 2027.
Le CNAP (Centre national des arts plastiques) verrait sa mission recentrée : constituer la collection de référence sur la scène française. Une expérimentation de trois ans est proposée, pendant laquelle toutes ses acquisitions seraient consacrées aux artistes travaillant en France.
Le Palais de Tokyo pourrait reprendre un rôle de catalyseur, avec l’organisation d’un grand événement international rappelant la Triennale de 2012, et la création d’un nouveau programme de résidences et de formation pour jeunes artistes et commissaires. Un second lieu en province pourrait être créé.
Qui est Martin Bethenod ?
Ancien du Centre Pompidou, ex-délégué aux arts plastiques, directeur de la FIAC puis du Palazzo Grassi, Martin Bethenod connaît bien les logiques publiques et privées de l’art. Pour ce rapport, commandé par la ministre de la Culture, il a mené en deux mois plus de 90 auditions et retenu une définition ouverte de la « scène française » : artistes travaillant en France, quelle que soit leur nationalité, et artistes français ou de culture française où qu’ils résident.
2. Renforcer les réseaux existants
Le rapport Bethenod propose aussi de soutenir davantage les écoles d’art, avec deux dispositifs : l’invitation de jurés étrangers dans les diplômes, et la venue de « visiting professors » internationaux pour élargir les perspectives des étudiants.
Les FRAC et centres d’art seraient encouragés à accueillir des commissaires étrangers en résidence. Enfin, un dispositif simplifié d’aide à la production pour la scène française est suggéré, permettant à des structures labellisées de coproduire des projets avec des partenaires étrangers, en France comme à l’international.
3. Clarifier le rôle du CNAP
Au-delà de ses collections, le CNAP pourrait devenir l’opérateur central du soutien à la scène française. Cela passerait par :
- une meilleure information aux artistes et professionnels (plateforme numérique, rendez-vous individuels, études sur les carrières)
- la création d’un bureau export, chargé à la fois d’accueillir les professionnels étrangers et de conseiller les artistes français pour leurs projets à l’international
- la simplification et l’adaptation de ses dispositifs de soutien avec une meilleure coordination avec les autres dispositifs publics et privés
- un rôle renforcé auprès des galeries, notamment en les informant sur les aides financières disponibles et en réfléchissant à la question de l’immobilier, devenu un obstacle majeur.
Un contexte fragile pour la scène française
Si Paris attire de nouveau collectionneurs et fondations, la réalité reste préoccupante : marché en recul (-12 % en 2024), galeries fragilisées, rythme d’expositions en baisse et quasi-absence des artistes français sur les grandes scènes internationales (1 % seulement aux États-Unis). À ces difficultés s’ajoute la précarité économique des artistes. Le rapport Bethenod insiste donc sur l’urgence d’un soutien mieux coordonné et plus efficace.
4. Droits d’auteur et nouveaux financements
Un autre point important concerne la défense des droits des artistes face à l’intelligence artificielle générative. Le rapport insiste sur l’importance de relayer les actions de sensibilisation de l’ADAGP et d’explorer la possibilité d’une fiscalité spécifique.
Enfin, il encourage les institutions à mettre en place des fonds de dotation locaux, permettant d’impliquer davantage mécènes et partenaires privés dans le soutien à la scène française.
5. Une vision ouverte et pragmatique
Le rapport souligne qu’il ne s’agit pas de dresser des frontières culturelles, mais bien de soutenir un écosystème fragile. La « scène française » inclut les artistes de toutes nationalités qui vivent et travaillent en France, ainsi que les artistes français établis à l’étranger. L’enjeu est d’assurer leur visibilité, de favoriser les coopérations internationales et de renforcer les structures qui les accompagnent.
La conclusion insiste sur une idée forte : plutôt que de créer de nouvelles structures, il s’agit d’ajuster et coordonner ce qui existe déjà. Le CNAP pourrait devenir le pivot de cette stratégie, en lien avec le Centre Pompidou, le Palais de Tokyo, les écoles d’art, les FRAC et les centres d’art.
En résumé
Cet ensemble de mesures, s’il était suivi d’effets, permettrait de donner plus de visibilité aux artistes travaillant en France, de soutenir leurs parcours internationaux et de consolider les structures qui composent le paysage artistique actuel. Reste à savoir si ce rapport restera ou non dans les tiroirs du ministère, comme tant d’autres…
Pour lire le rapport en détail
- Vous pouvez télécharger le rapport Bethenod sur le site vie-publique.
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L’AUTEURE
Valérie Auriel
Artiste peintre et journaliste, Valérie est une grande curieuse, assez perfectionniste (limite maniaque 😉 ). Elle met en synergie ses deux expériences professionnelles pour débroussailler la jungle administrative des métiers des arts visuels, explorer leurs coulisses. Et elle partage avec vous ses connaissances pour que vous exerciez votre art en toute sérénité !