Droit de monstration : être payé pour exposer !

Imaginez : un centre culturel vous propose d’exposer dans ses murs. Cerise sur le gâteau, il vous offre une rémunération pour cette prestation ! Être payé pour exposer, serait-ce un rêve illusoire, une fantasmagorie ? Et bien non, détrompez-vous. La loi prévoit le droit de représentation publique, appelé aussi droit de monstration, il fait partie des droits d’auteur. Il est très peu appliqué dans notre pays mais les choses changent peu à peu… Voici tout ce qu’il faut savoir pour faire respecter vos droits.

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C’est la loi !

La création du droit de représentation publique remonte à 1957. Il est décrit dans l’article L 122-2 du Code de la Propriété intellectuelle (CPI). « La représentation consiste dans la communication de l’œuvre au public par un procédé quelconque. »
Ce dernier terme relève toutes sortes de situations. Il peut s’agir d’une exposition, d’un documentaire télévisé, par exemple.

Comme il s’agit d’un droit d’auteur, le droit de représentation doit faire l’objet d’un contrat écrit en vertu de l’article L 131-2 du CPI. Il doit être source de rémunération pour l’artiste. Il existe cependant des exceptions à ce droit comme la liberté d’informer (article L 122-5 du CPI).

On ne requiert pas l’autorisation de l’artiste dans le cadre d’un article de presse ou d’un reportage audiovisuel d’actualité liée à son œuvre.

À noter

Comme les autres droits d’auteur patrimoniaux, le droit de représentation publique s’applique jusqu’à soixante-dix ans après la mort de l’artiste.

Concrètement, quand faudrait-il appliquer le droit de réprésentation ?

Voilà pour ce qu’il est de la loi. Mais nous savons tous qu’il y a souvent une différence entre la théorie et la pratique. Très peu d’organisateurs d’expositions rémunèrent leurs artistes. Dans les  faits, vous devriez demander une rémunération dès lors que vous exposez dans des lieux où vos œuvres ne sont pas proposées à la vente ou auront très peu de chances d’être vendues, par exemple une centre d’art, une mairie.

De même, si l’on vous sollicite pour une exposition « décorative », par exemple dans un restaurant, le hall d’une banque… Par contre, si vous louez un stand dans une foire d’art, si vous bénéficiez d’une exposition personnelle dans une galerie, votre rémunération se fait d’abord grâce aux ventes.

Quels sont les arguments pour refuser de vous payer ?

Les organisateurs d’exposition, qu’ils soient structures publiques ou organismes privés, considèrent souvent que l’exposition est une forme de promotion pour l’artiste. Les budgets ne prévoient souvent aucune ligne pour rémunérer le droit de monstration. Et souvent, l’artiste n’est pas en position de force pour exiger une rémunération, même modique.

Mais ce n’est pas une raison pour ne pas essayer. Avant l’exposition, vous pouvez aborder cette question de la rémunération et rappeler qu’il s’agit d’une obligation légale. Le célèbre artiste Claude Lévêque a ainsi récemment expliqué dans un post Facebook comment cette attitude a changé la donne au début de sa carrière :

Ne plus avoir peur…

« Quand j’étais jeune artiste, voilà plus de 30 ans, c’était difficile de réaliser le moindre projet. J’enseignais pour financer mes œuvres. Heureux d’exposer, je ne demandais rien, rarement un budget ou une quelconque rémunération ne m’étaient proposés, il fallait pleurer pour se faire rembourser un billet de train.

Un jour, Daniel Buren me conseilla de demander des honoraires, un contrat. Je lui répondais « si je demande ça, je n’aurai plus de propositions », il me répondit : détrompe-toi ça professionnalisera la demande.

J’ai appliqué ses conseils : j’étais enfin rémunéré et les conditions de séjour devenaient acceptables. Ça a écarté naturellement les propositions foireuses qui anéantissent. J’ai conseillé aux autres artistes de faire de même.

Encore aujourd’hui j’adapte le montant du cachet en fonction des moyens budgétaires des lieux pour ne pas perdre le contact avec la dynamique essentielle du terrain associatif.

Les formes des langages visuels contemporains sont par définition singulières et complexes. C’est la force de leurs diversités comme sa faiblesse. Il est discriminatoire que la création d’une œuvre d’art et sa monstration en divers lieux d’exposition ne soient pas rétribuées, comme dans les autres disciplines. Personne ne peut vivre que de bénévolat. Tout travail implique rémunération, c’est un droit fondamental.«

Claude Lévêque

Ce qui est en train de changer

Les pouvoirs publics prennent peu à peu conscience du problème. Le ministère de la Culture a publié le 18 décembre 2019 une recommandation intitulée « Une rémunération du droit de représentation publique », qui vise à accorder une rémunération minimum au bénéfice des artistes plasticiens au titre de la présentation publique de leurs œuvres lors d’exposition monographique ou collective. Les institutions bénéficiant de subventions du ministère de la Culture doivent satisfaire à l’obligation de rémunérer le droit d’exposition.

Le minimum de rémunération est de 1 000 euros pour une exposition monographique, quels que soient la durée et le nombre d’œuvres. Ce minimum est de 100 euros pour tout artiste qui présente au moins une œuvre dans le cadre d’une exposition collective, quelle que soit sa durée.

Mais les montants faibles de ces rémunérations ont déçu les syndicats et associations d’artistes. Ils militent pour une meilleure prise en compte du travail des artistes et des auteurs. Le groupe Économie solidaire de l’art a ainsi édité une chartre à destination de tous les acteurs de l’art. Elle prévoit les prises en charge des frais de production, des rémunérations spécifiques en cas de conférences, de workshops, etc…

Suite à la crise du Covid, qui a plongé encore plus dans la précarité les artistes visuels (qui ne bénéficient pas du statut de l’intermittence comme les artistes-interprètes), le débat sur la rémunération des expositions a été relancé.

L’ADAGP (Association pour la Diffusion des Arts Graphiques et Plastiques) a publié en mai 2020 un plan de relance pour les auteurs des arts visuels. Sa proposition n°1 porte sur l’application sans exception de la législation sur les droits d’auteur. Notamment le droit d’exposition dans les musées, centres d’art et Frac…

Pour vous aider à négocier : les tarifs du droit de monstration

Les organisations syndicales, les associations d’artistes peuvent vous conseiller si l’on vous propose une exposition sans rémunération. Les sociétés d’auteurs éditent chaque année des barèmes très détaillés que vous pouvez télécharger sur leur site ou dans la rubrique téléchargement du Guide de l’artiste.

En voici deux exemples (tarifs 2020) :

L’ADAGP conseille pour une exposition personnelle temporaire chez un organisme à but lucratif (Banques, hôtels, entreprises et autres sociétés commerciales) de demander 40 € de droits par œuvre et par mois si vous exposez 10 œuvres ou moins, et demander 36 euros par œuvre et par mois si vous exposez de 10 à 20 œuvres.
La SAIF propose pour une exposition à caractère non commercial de demander 51 euros par œuvre et par mois pour moins de 5 œuvres exposées, 44 euros par œuvre et par mois pour 5 à 12 œuvres exposées…

Témoignages

Et vous, quels sont vos astuces, vos arguments pour être payé pour exposer ? Renoncez-vous à ce droit de monstration ? Avec-vous eu de belles surprises, de sacrées galères ? N’hésitez pas à partager vos expériences en commentaire.

4 réflexions sur “Droit de monstration : être payé pour exposer !”

  1. Bonsoir, je vais répondre à un appel à projet pour exposer six oeuvres dans l’espace exterieur(parcs et jardins d’une ville),pour une durée de « deux à trois mois »,oeuvres pouvant résister aux intempéries, vents violents jusqu’à 145km/h… »etc …seules des oeuvres monumentales peuvent r2pondre à ces critères…
    Alors quand je vois 1000€ pour une exposition monographique conseillés par le Ministère…je désespère!
    et les sociétés d’auteur ADAGP et SAIF, emboitent le pas…sur le même tarif…!
    D’autant plus que les oeuvres ne sont pas assurables en cas de détérioration…50 à 60€ par mois pour une sculpture de 500kg, trouvez-vous ça légitime ?
    Je vais me faire mal voir, j’en prends le risque…

    1. Valérie Auriel

      Bonjour Denis,
      merci pour ce commentaire. Les prix indiqués par les sociétés d’auteurs et le Ministère sont des bases de négociation, il est vrai, assez basses. Si vous en avez la possibilité, vous pouvez essayer de demander une rémunération supérieure. Même si c’est plus facile à dire qu’à obtenir…

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