NFT, pourquoi faire ?

Depuis plusieurs mois, le marché de l’art ne jure plus que par les NFT. Les artistes, quant à eux, reçoivent de nombreuses sollicitations pour inscrire leurs créations sur des plateformes spécialisées. Mais faut-il vraiment se lancer dans cette voie ? Quels sont les éléments importants à connaître avant de passer à l’acte ? Sophie Lanoë, co-auteur du livre « NFT Mine d’or Acteurs du crypto-art » avec Olivier Lerner, répond à quelques questions pour nous aider à y voir plus clair.

INTERVIEW

Le Guide de l’Artiste : Bonjour Sophie, pouvez-vous nous expliquer en quelques mots ce qu’est un NFT ?

Sophie Lanoë : Un NFT permet d’enregistrer une œuvre digitale sur une blockchain, c’est-à-dire un registre de transactions numériques. Cet enregistrement confère à l’œuvre numérique authenticité et unicité.

Les NFT visent quel type d’œuvres ?

Les NFT concernent d’abord les œuvres digitales. Autrefois, quand on créait une œuvre numérique, il était compliqué de la commercialiser, car elle était facilement duplicable. Rien ne distinguait l’original de ses copies. Maintenant, grâce à la technologie du NFT, on peut « authentifier » un fichier numérique et le rendre ainsi unique. Les artistes du street art, de la performance, de l’art conceptuel sont aussi très intéressés par les NFT. Car leurs créations étaient difficilement monnayables… Désormais, ils peuvent vendre des NFT en lien avec leurs performances et leurs créations éphémères. Dans notre ouvrage, nous citons l’exemple de Pascal Boyart (PBoy) qui a peint une fresque monumentale inspirée de Michel-Ange dans un bâtiment voué à disparaître. Cette fresque ne peut pas être vendue, mais l’artiste commercialise des NFT de chacun des 400 personnages de cette œuvre. Autre exemple : l’artiste JR a proposé une collection de NFT à partir d’une installation monumentale intitulée Greetings from Giza avec la pyramide de Khephren en Égypte*. Les artistes peuvent aussi utiliser les NFT pour établir des certificats d’authenticité vraiment uniques. Ceux-ci remplaceront à terme les certificats papier.

Certains artistes proposent également des reproductions d’œuvres physiques en NFT…

Pour moi, cette démarche offre peu d’intérêt. Il faut considérer les NFT comme un nouveau média avec ses propres créations. Les vrais artistes du NFT, ce sont ceux qui développent une réflexion sur le monde digital. On ne peut pas simplement vendre la photo d’une œuvre sur toile ou de dessins… Cela manque de sens et ce n’est pas ce que les acheteurs recherchent. Damien Hirst a proposé des NFT réalisés à partir d’œuvres sur papier. Mais les acquéreurs devaient choisir entre l’œuvre numérique certifiée par NFT ou l’œuvre physique, l’exemplaire non choisi étant détruit. C’est aussi une démarche intéressante.

Le site OpenSea et les collections de NFT les plus populaires (en mai 2022)

Qui sont les collectionneurs des NFT ?

Ce sont principalement des milléniaux, des geeks, les générations qui ont grandi avec internet, les jeux vidéo. Certains peuvent avoir une collection de 400 à 500 œuvres, qu’ils ont acquis chacune pour quelques dollars. Il y a des acheteurs vraiment très jeunes, de moins de vingt ans. On voit aussi des amateurs d’art qui n’ont que des NFT dans leur collection. Je trouve ce renouveau du marché de l’art formidable. 

Il faut prendre le temps de se former, de maîtriser le vocabulaire particulier des NFT. Il y a beaucoup de notions à comprendre.

Alors, faut-il à tout prix s’engager dans les NFT quand on est un artiste des arts visuels ?

Mon conseil, c’est de ne pas se précipiter sur les NFT. Cela dépend des œuvres que l’on produit. Si l’on crée des œuvres digitales, on peut se lancer. Si l’on a une production plus classique, ce n’est pas une obligation. Quelqu’un qui n’est pas du tout numérique aura beaucoup du mal à appréhender cet univers très technologique. Il faut prendre le temps de se former, de maîtriser le vocabulaire particulier des NFT. Il y a beaucoup de notions à comprendre.

Pour vendre et acheter des œuvres, on utilise des cryptomonnaies qui sont conservées dans des portefeuilles numériques, les wallets. Il faut savoir comment « minter » sa création en NFT, c’est-à-dire l’enregistrer sur une blockchain. Minter une œuvre n’est pas gratuit. Selon les plateformes, cela peut coûter jusqu’à 400 euros ! Pour vendre des NFT, il faut avoir une communauté, effectuer un travail de promotion, sinon elles ne trouveront pas preneurs. C’est donc aussi un investissement en temps. Enfin, il faut prendre garde à ne pas se faire avoir, car il y a beaucoup d’escroqueries. OpenSea, une des plus grosses plateformes de vente de NFT estime que 80 % des NFT sont des œuvres plagiées ou des fausses collections. Les NFT, c’est un peu le Far West… Heureusement, ce marché est en pleine évolution.

De quelle manière ce marché se transforme-t-il ?

De nombreuses plateformes se créent pour simplifier la vie des artistes. Les transactions s’y effectuent en euros ou en dollars. Ce sont ces sites qui gèrent les wallets et les cryptomonnaies. On peut citer Kalart, une plateforme française formidable qui fonctionne avec Polygon, une blockchain moins énergivore. En 2022, le site de vente d’art en ligne Kazoart a inauguré une galerie NFT dans le métaverse. Ces différentes initiatives permettent aux artistes de vendre facilement leurs œuvres numériques sans se préoccuper de l’aspect technologique.

Les artistes sont de plus en plus sollicités pour mettre en vente des NFT sur de nouvelles plateformes. Comment s’y repérer ?

Avant d’accepter de mettre ses œuvres sur une plateforme, il faut voir qui sont les fondateurs, quels artistes sont déjà présents et vérifier s’il y a une communauté autour du projet. En cas d’escroquerie, le risque est de ne jamais récupérer le gain de ses ventes. La plateforme peut également disparaître, comme cela s’est passé l’année dernière avec Hic et Nunc, une marketplace spécialisée dans l’art digital qui a cessé ses activités pour réapparaître sous une autre forme. Il ne faut donc pas foncer tête baissée.

La galerie virtuelle du site Kazoart dans le metavers.

Votre mot de la fin ?

Il faut comprendre que les NFT ne concernent pas que l’art, mais aussi notre vie quotidienne. Par exemple, nous pourrons très bien avoir des contrats d’assurance certifiés par des NFT. Les NFT sont une formidable opportunité pour les artistes. Ils permettent de monétiser des créations qui ne pouvaient pas l’être. Ils permettent de vendre sans intermédiaire et de suivre leurs différents propriétaires d’une œuvre. De plus, quand un NFT est revendu, son créateur reçoit automatiquement un droit de suite sur le prix de revente. Les NFT redonnent ainsi du pouvoir aux artistes ! J’ajouterai que dans cette révolution numérique, la France est plutôt très bien placée. En septembre, un grand centre dédié aux NFT, la NFT factory, ouvrira d’ailleurs à Paris.

* Le visuel original de JR a ainsi été divisé en 4 591 NFT, équivalent à l’âge de la pyramide. 43 hiéroglyphes ont été cachés dans la série en suivant le dessin du nombre d’or.

L’EXPERT

Sophie Lanoë

Auteure et commissaire d’exposition, elle conseille les professionnels de l’art contemporain et les artistes pour la stratégie et la diffusion de projets culturels. Elle dirige depuis 2010  ëmisphères, un média cross-canal dédié à l’art et à l’innovation. Incubateur de nouvelles idées et de projets artistiques, la plateforme produit des contenus culturels et aide les artistes lors d’appels à projets et de formations.

Sophie Lanoë propose une formation de 2 heures sur les NFT le mercredi 18 mai à 13 h 30 en visioconférence (40 euros). Inscription et renseignements sur

Le Guide de l’Artiste l’a également interviewée à propos des Prix de l’art contemporain.


Image par Gerd Altmann de Pixabay

Lexique des NFT : pour y comprendre quelque chose

NFT

C’est l’acronyme du mot anglais « Non Fungible Token », « jeton non fongible » en français. Le terme non fongible signifie unique et non interchangeable. Un NFT permet de garantir l’origine et la propriété d’un objet numérique. Cet objet numérique peut être une photo, une vidéo, un son, un fichier animé, un objet 3D, un texte…

Blockchain

Le NFT est enregistré sur une blockchain (ou chaine de blocs), qui est une base de données partagée, ouverte à tous et infalsifiable en raison de sa technologie. Les données sont stockées sur des milliers de serveurs différents, ce qui est malheureusement très énergivore. Les blockchains les plus connues sont Bitcoin, Ethereum, Tezos…

Marketplace

Ce sont des plateformes où se vendent et s’achètent des NFT. Certaines sont généralistes, d’autres spécialisées dans l’art numérique, comme SuperRare ou Nifty Gateway. Chaque plateforme fonctionne avec une blockchain particulière.

Wallet

C’est un portefeuille digital qui vous permet de stocker vos NFT et vos cryptomonnaies. Le portefeuille le plus utilisé est Metamask.

GAS fee

Ce sont les frais de transaction nécessaires au fonctionnement de la blockchain. À ses frais s’ajoutent les commissions des plateformes. Dans certains cas, la commission de la plateforme intègre les gas fee. Par exemple, chez Kalart, les commissions sont de 15 % gas fee compris pour une première vente de NFT.

Cryptomonnaie

C’est une monnaie numérique qui s’échange de pair à pair, sans faire appel aux banques et qui repose sur la technologie de la blockchain. Il existe plus d’une centaine de cryptomonnaies. Les plus connues sont Bitcoin et Ethereum.

Metavers (ou métaverse)

Ce sont des univers parallèles virtuels. On y trouve par exemple des galeries d’art virtuelles qui vendent du cryptoart, des œuvres d’art numériques. Pour voir de quoi il s’agit, découvrez la galerie virtuelle de Kazoart et la galerie Schwab Beaubourg.


idee, lampe, picto

Le début de la folie des NFT

En mars 2021, Beeple, un artiste digital vend aux enchères chez Christies un collage numérique intitulé « Everyday : the First 5 000 days » composé de 5 000 images prises chaque jour sur une durée de 13 ans. Le prix de lancement de l’enchère est fixé à 100 dollars.

Au bout de 15 jours de vente en ligne, l’œuvre est adjugée 63 millions de dollars et explose de nombreux records. Ce prix faramineux atteint par un artiste inconnu du grand public suscite l’intérêt des médias, des concurrents de Christies, des sites de vente d’art en ligne.

Fin 2021, Pak, un autre artiste, fait sauter les compteurs. Son œuvre Le Merge est vendue 91,8 millions de dollars sur la plateforme spécialisée Nifty Gateway.

Y aura-t-il d’autres records ?

Le Merge de Pak sur Twitter


Pour aller plus loin

Si l’univers des NFT et du cryptoart vous intéresse, lisez le livre passionnant de Sophie Lanoë, co-écrit avec le journaliste Olivier Lerner. Dans NFT mine d’or : acteurs du crypto‐art – saison 1, les deux auteurs interviewent une vingtaine d’acteurs de l’art : artiste, galeriste, créateur de plateforme, commissaire-priseur, collectionneur… Ceux-ci expliquent comment ils travaillent avec les NFT et comment ils imaginent l’avenir de l’art numérique. Leurs témoignages sont très vivants, ils mettent du concret dans cet univers virtuel !

Cet ouvrage est disponible en téléchargement ou en édition à la demande sur les principales plateformes : Amazon, FNAC, Kobo, Decitre, Culture

livre NFT mine d'or

L’AUTEURE

Valérie Auriel

Artiste peintre et journaliste, Valérie est une grande curieuse, assez perfectionniste (limite maniaque 😉 ). Elle met en synergie ses deux expériences professionnelles pour débroussailler la jungle administrative des métiers des arts visuels, explorer leurs coulisses. Et elle partage avec vous ses connaissances pour que vous exerciez votre art en toute sérénité !


Commentaires

Avez-vous franchi le pas ?

Avez-vous déjà conçu ou acheté des NFT ? Pensez-vous le faire ? Trouvez-vous cela compliqué ? Que pensez-vous de ce nouveau marché ? Dites-nous vos expériences et impressions en commentaires !

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